La Chine ouvre sa grand-messe politique annuelle
La Chine a ouvert mercredi le grand évènement politique annuel dit des "Deux Sessions", durant lequel elle dévoilera ses objectifs de croissance, son budget militaire et son plan quinquennal, dans un contexte intérieur et international délicat.
Le pouvoir n'a donné aucun signe que la guerre au Moyen-Orient pourrait avoir un impact sur cette séquence de politique intérieure préparée de longue date et minutieusement chorégraphiée.
Des milliers de parlementaires et de représentants sont réunis pendant une semaine à Pékin sous la supervision du président Xi Jinping pour cette grand-messe très médiatisée, lors de laquelle le gouvernement fixe publiquement le cap de l'année à venir.
Les experts scruteront attentivement au Palais du peuple, au bord de la place Tiananmen, le moindre signe éventuel de changement politique, y compris dans les implications personnelles.
Le président Xi Jinping mène une rigoureuse campagne anti-corruption depuis son accession au pouvoir en 2012 et la Chine a vu se poursuivre ces dernières semaines les évictions individuelles - y compris de hauts généraux.
Les "Deux Sessions" ont commencé mercredi après-midi, en grande pompe, avec la Conférence consultative politique du Peuple chinois (CCPPC), organe dont le rôle est surtout de faire des suggestions politiques aux parlementaires.
En costume et cravate, Xi Jinping est entré dans l'immense auditorium au son de la fanfare militaire et sous les applaudissements, pour assister à une cérémonie d'ouverture d'une demi-heure.
Jeudi s'ouvrira la session de l'Assemblée nationale populaire (ANP), parlement monocaméral de 3.000 membres que les spécialistes considèrent comme une chambre d'enregistrement.
- Crise iranienne -
Le Premier ministre Li Qiang doit notamment y divulguer l'objectif de croissance (5% officiellement atteint fin 2025), baromètre de l'ambition chinoise. Les experts tablent sur un objectif entre 4,5 et 5%.
La Chine devrait annoncer le même jour son budget de la défense, face à des défis stratégiques multiples (tensions en mer de Chine méridionale, Taïwan...). Les experts s'attendent à une augmentation comparable à celle des précédents exercices (un peu plus de 7% depuis 2022).
Les "Deux Sessions" sont présentées comme une manifestation de l'écoute accordée au peuple par l'omnipotent Parti communiste. L'adoption des textes ne laisse aucune place au doute.
Les observateurs guetteront ces prochains jours l'attitude de la Chine face à la guerre au Moyen-Orient. La Chine a exprimé son opposition aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, condamné la mort du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, et réclamé un cessez-le-feu.
"Nulle nation n'a le droit de régenter les affaires du monde", a déclaré le porte-parole de la session parlementaire, Lou Qinjian.
La crise iranienne devrait être "longuement" évoquée lors de l'habituelle conférence de presse du ministre chinois des Affaires étrangères, prévue dimanche, prédit Dylan Loh, professeur à l'Université technologique de Nanyang, à Singapour.
Les "Deux sessions" seront aussi l'occasion d'adopter le plan quinquennal 2026-2030, une feuille de route capitale touchant à l'économie, la technologie, la défense ou la démographie.
- Natalité faible -
Le gouvernement promet un effort redoublé en faveur des hautes technologies émergentes pour assurer une croissance forte. Il devrait également affirmer la nécessité de stimuler la consommation intérieure, pour réduire la dépendance aux exportations.
"La Chine ne cherche plus à maximiser son PIB à tout prix, elle veut concilier croissance économique et sécurité nationale pour mettre ses chaînes d'approvisionnement et ses industries stratégiques à l'abri des ingérences étrangères", analyse Marina Zhang, professeure à l'Université de technologie de Sydney.
Le pays peine à recouvrer le dynamisme de l'avant-Covid. Son économie continue à subir les effets prolongés d'une grave crise de l'immobilier. La Chine est confrontée à l'endettement des gouvernements locaux, des surcapacités de production, des pressions déflationnistes, un fort chômage des jeunes et à un vieillissement de sa population.
Son taux de natalité est tombé en 2025 à son niveau le plus bas depuis 1949.
Le Parlement doit élaborer cette année des lois sur la garde d'enfants, l'aide sociale et l'assurance maladie, a annoncé le porte-parole de la session parlementaire.
Les députés examineront en outre un projet de loi visant à "renforcer la cohésion" entre les 56 groupes ethniques du pays. Il prévoit une part plus importante au mandarin, la langue nationale, dans l'enseignement.
W.Adams--VC