Google lance un centre d'IA en Allemagne, qui tente de rester dans la course
Avec l'inauguration jeudi d'un centre d'intelligence artificielle de Google à Berlin, l'Allemagne vise à rattraper son retard dans ce domaine technologique clé, même si dans l'immédiat en tout cas, elle ne peut se passer des mastodontes américains.
Niché dans la capitale, ce projet fait partie des 5,5 milliards d'euros d'investissement de Google dans "l'avenir numérique" de la première économie européenne annoncé en novembre, avant tout dans le développement de centres de données.
Google n'a pas dévoilé de détails sur le nouveau site, mais le ministère allemand de la Numérisation a indiqué à l'AFP qu'il regroupera des opérations de "développement de l'IA", des infrastructures d'informatique à distance (cloud) et de données ainsi qu'un espace de "coopération" entre start-up et centres de recherche.
Des infrastructures de calcul au stockage de données, l'Allemagne souhaite se maintenir dans la course mondiale à l'IA, mais "les défis sont gigantesques", juge Janis Hecker, de la fédération des entreprises du numérique Bitkom.
Car le retard accumulé dans le numérique par l'Allemagne au cours des dernières décennies est considérable.
- Importance "sous-estimée" -
"Je souhaite que le leadership technologique redevienne le cœur de notre modèle économique", avait déclaré à ce titre le vice-chancelier Lars Klingbeil début février, à l'inauguration d'une "usine d'IA" de l'Allemand Deutsche Telekom et du fabricant américain de puces Nvidia.
Ces derniers mois, l'Allemagne a connu plusieurs annonces grandiloquentes dans le domaine, comme les 11 milliards d'euros investis par le groupe de distribution Schwarz dans un futur méga centre de données près de Berlin.
En crise, la première économie européenne souhaite bâtir à foison ces usines du numérique, qui, grâce à leur puissance de calcul et de stockage, sont indispensables pour que les entreprises allemandes utilisent l'IA.
Si son usage se généralise en Allemagne, le pays pourrait dégager 440 milliards d'euros de valeur ajoutée supplémentaire d'ici 2034, d'après une étude de l'institut IW citée par le journal Handelsblatt.
Pour l'instant, la coalition gouvernementale réunissant conservateurs et sociaux-démocrates n'a pas pris la mesure des choses et "sous-estime l'importance de ces technologies pour la création de valeur, mais aussi pour la souveraineté et la défense de nos valeurs", estime M. Hecker, de Bitkom.
Ultra dominateurs, les Etats-Unis bâtissent chaque année d'avantage de capacités de calcul que ce que l'Allemagne possède au total, selon son organisation.
D'après ses calculs, un millième du projet de budget fédéral pour 2026 est dédié à l'IA, et seule une fraction du "bazooka d'investissement" pour moderniser les infrastructures du pays est dédié aux technologies de pointe.
Dans ce contexte, l'engagement de Google en Allemagne représente "un grand gain" selon Bitkom.
- "Souveraineté", pas "autarcie" -
Ces projets interrogent néanmoins sur la dépendance technologique de l'Europe.
Même quand les mastodontes américains ne sont pas directement partenaires, on les retrouve au coeur de la chaîne de valeur, de l'infrastructure cloud aux processeurs très convoités de Nvidia.
Lors d'un sommet sur la souveraineté technologique en novembre, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont prôné la "préférence européenne" pour développer des champions locaux.
"Souveraineté ne veut pas dire autarcie, mais capacité d'action stratégique", indique Barbara Engels de l'institut IW à Cologne, qui se réjouit des projets de Google.
"Nous devons utiliser cette infrastructure tout en développant nos propres capacités", assure-t-elle.
Pour Antonio Krüger, directeur du Centre allemand de recherche pour l'IA (DFKI), il n'est pas "judicieux" de vouloir dépasser la Chine ou les Etats-Unis là où le retard est trop grand, comme dans les modèles de langage de grande taille (LLM) utilisés par ChatGPT.
L'Europe doit au contraire se spécialiser, grâce à un net avantage: les données industrielles de ses PME et de ses poids lourds.
Celles-ci peuvent servir à entraîner des petits modèles d'IA pour "résoudre des tâches très spécifiques", au sein des usines ou de l'administration.
Dans ce domaine, "la course est encore totalement ouverte", assure-t-il.
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