Dans la vallée du Rhin, le Riesling à l'épreuve du climat
Sous un soleil de plomb qui écrase une nouvelle fois toute l'Europe de l'Ouest, Florian Weingart a réparti de la paille entre les rangs de vigne. Le vigneron allemand espère ainsi maintenir l'humidité dans la terre et protéger ses précieux plants de Riesling, ce vin emblématique de la vallée du Rhin.
Cette technique du paillage est l'une des mesures adoptées par cet exploitant de 53 ans pour que son petit vignoble produise une récolte convenable malgré un été historiquement chaud et sec.
"La récolte ne tient qu'à un fil", confie-t-il à l'AFP, observant depuis son village de Spay, situé à moins de 25 kilomètres du fameux rocher de la Lorelei, les coteaux devenus bruns foncés à force d'avoir été brûlés par le soleil.
Dans cette région si pittoresque, chantée par les poètes et connue sous le nom de Rhin romantique, le niveau du fleuve est tombé à des records de basses eaux.
Dans un premier temps, le dérèglement climatique d'origine humaine a semblé jouer en faveur des viticulteurs allemands. La hausse des températures a ouvert la voie à l'expérimentation de nouveaux cépages et rendu possible la culture de la vigne dans des territoires autrefois jugés trop frais.
Mais désormais, les périodes de chaleur et de sécheresse plus longues et plus fréquentes défient aussi les exploitants allemands, qui peinent à irriguer suffisamment leurs plants et ont vu leurs rendements diminuer.
"Nous sommes à un seuil critique", constate M. Weingart, qui a repris il y a près de trente ans l'exploitation de ses parents. Son nom qui signifie littéralement en allemand "jardin des vignes" laisse penser qu'au moins une partie de sa famille était depuis des générations liée à la viticulture.
Désormais, M. Weingart a le sentiment que les dangers du changement climatique "commencent à l'emporter sur les avantages".
- "Perdue sans irrigation" -
Il a recouvert environ un tiers des six hectares de son domaine de paille. "C'est vraiment énormément de travail", a-t-il témoigné. "Au cours des quatre dernières semaines, j'ai transporté 1.000 petites bottes de paille depuis les champs et les ai répandues partout", a-t-il ajouté.
A l'origine, la pratique de paillage avait surtout pour objectif d'améliorer la santé globale des sols. Désormais, elle aide les vignobles à résister au réchauffement climatique.
"Tout cet aspect de protection contre l'évaporation qu'offre la paille (...) c'est quelque chose dont nous ne nous sommes rendus compte que plus tard", explique-t-il.
Autre mesure indispensable pour combattre la sécheresse dans ce vignoble qui produit outre du Riesling un peu de pinot noir: l'irrigation.
L'exploitation de M. Weingart dispose d'un système de tuyaux installé sur 1,85 hectare de vignes, mis en marche tous les quelque jours, qui laisse l'eau s'écouler goutte à goutte au pied des ceps.
Installé en 2013, ce système est particulièrement important pour les jeunes vignes, dont les racines ne sont pas aussi profondes.
"Sans irrigation, cette zone serait tout simplement perdue pour la récolte", a-t-il convenu.
"Plus jamais je ne planterai de jeunes vignes sans irrigation, car le risque est bien trop grand qu'elles ne poussent pas du tout pendant les trois ou quatre premières années", a-t-il ajouté.
Autre astuce pour lutter contre l'aridité: le maintien d'un sol sain, avec une croissance limitée des mauvaises herbes qui concurrencent la vigne pour l'eau.
- Vendanges précoces -
M. Weingart prévoit des vendanges en septembre. C'est typique de ces dernières années mais bien plus tôt que par le passé, où elles avaient généralement lieu en octobre.
Dans d'autres régions d'Allemagne, plus au sud, certains viticulteurs ont déjà commencé à récolter dès la deuxième semaine d'août, ce qui est exceptionnellement tôt, a indiqué cette semaine l'organisation professionnelle Institut allemand du vin.
"Nous avons facilement quatre bonnes semaines d'avance comparé à il y a 30 ou 40 ans", a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'organisation, Ernst Büscher.
M. Weingart, qui écoule sa production localement, redoute aussi qu'après un été aussi chaud et sec, les vendanges ne soient médiocres, sauf s'il venait à pleuvoir fortement ces prochaines semaines.
Au fil des ans, sa récolte a déjà diminué, passant à environ 5.000 litres -- de quoi produire 40.000 bouteilles --, contre quelque 6.000 litres auparavant.
C.Brown--VC