"On n'y croyait pas trop" : au Pic du Midi, le ciel s'est dégagé pour l'éclipse
"On n'y croyait pas trop" : au Pic du Midi, les lourds nuages se sont finalement dissipés quelques minutes avant le début de l'éclipse solaire mercredi, pour le grand bonheur des visiteurs.
Stéphane Dalibard et ses deux fils ont grimpé à pied au Pic du Midi (2.877 mètres) et, comme tous les visiteurs de la journée, ils sont arrivés sur un sommet bouché par les nuages.
"Quand on est montés, on n'y croyait pas trop", explique le père. "Ça se cache de temps en temps avec les nuages mais on en profite quand même, et puis ils ont eu la chance d'en voir une quasiment totale, ici", ajoute-t-il, en montrant les grands sourires de ses jeunes garçons.
Les prévisions météo indiquaient bien que le ciel se dégagerait au bon moment, mais la chape grise tout autour de l'observatoire laissait la place au doute.
"La météo est très compliquée. Ce soir, on espère un beau temps. On ne sait pas ce que ça va donner", avait expliqué Romain Loustalet Palengat, étudiant en astrophysique et astronome à l'Observatoire Midi-Pyrénées, avant le début de ce phénomène rare.
En cette période de l'année, "on peut avoir des nuages comme ça toute la journée. Et qui, pendant la nuit, peuvent disparaître très vite", avait-il noté.
De nombreux visiteurs ont afflué du téléphérique pour la soirée, afin d'observer la première éclipse solaire totale visible en Europe depuis 1999.
Ils pourront observer la lune passer entre la Terre et le soleil, pendant quelques secondes. "On sera autour de 99% d'obstruction totale", précise Romain Loustalet Palengat.
- "Magique" -
Valérie Clech, accompagnatrice en montagne, qui organise un bivouac autour de l'éclipse pour une quinzaine de randonneurs, était, elle, optimiste. "On vient de voir l'image radar, ça va se dégager", a-t-elle assuré, alors que les nuages masquaient encore le soleil.
Le bivouac est prévu depuis février, car la soirée permettra aussi d'observer les étoiles filantes des Perséides, des essaims de poussière issus d'une vieille comète que la Terre traverse chaque année lors de la première quinzaine d'août. "Comme en plus c'est la nouvelle lune, il va faire nuit noire. Donc on a la chance d'avoir les deux phénomènes en un", s'enthousiasme l'accompagnatrice.
La nuit sera toutefois éclairée par les lumières du set du DJ Thylacine, organisé dans le cadre des concerts qui se tiennent sur une petite terrasse du Pic chaque été depuis 2015.
Eclipse ou pas, le concert a attiré 760 personnes pour la soirée, dans la moyenne de tous ceux de l'été.
Romain Royer est venu avec sa compagne et un ami pour la musique. Quand ils ont pris leurs places, ils ignoraient que l'éclipse aurait lieu le même soir. "On est au meilleur endroit !", se réjouit le jeune homme.
Le phénomène sera moins visible depuis le concert, en partie dissimulé par un bâtiment, mais le petit groupe se déplacera "au moment pile" où le ciel sera le plus sombre, vers 20H30.
"C'est pas gagné mais c'est censé se découvrir", a aussi voulu croire Jean-Luc Stephanutto peu avant le début. "La prochaine, c'est dans 80 ans (en 2081, ndlr), on ne sera pas là, on sera peut-être là-haut !", plaisante-t-il en montrant le ciel.
A près de 200 km de là, sur la lande qui domine la baie d'Hendaye, près de la frontière espagnole, un château-observatoire du 19e siècle accueille 200 visiteurs.
"On commence à voir la lune croquer le soleil, c'est magique", lâche Brigitte, retraitée, ses lunettes en main.
"Le château d'Abbadia est un lieu exceptionnel pour voir l'éclipse, même s'il restera un tout petit peu de lumière", estime Pierre Léna, astrophysicien, spécialiste des éclipses et membre de l'Académie des sciences. "C'est l'endroit en France où le soleil sera presque totalement masqué, avec 99,7% d'obscuration", précise l'astrophysicien.
Dans la file d'attente, Danielle Tramuset, 80 ans, cadre retraitée, trépignait avec son petit-fils Elio, 9 ans. "J'ai vu plusieurs éclipses, en 1999 et dans les années 50 en Afrique, mais je voudrais qu'il puisse la voir avec moi car la prochaine je ne serai plus là", a expliqué la grand-mère.
B.Mitchell--VC