Après CNews, Sonia Mabrouk promet "une conversation saine" sur BFMTV, sans se renier
Partie des médias Bolloré et de leurs polémiques pour BFMTV, Sonia Mabrouk promet dans un entretien à l'AFP que sa nouvelle émission accueillera des "opinions tranchées" dans "une conversation saine", tout en assumant de parler de "nation et d'identité", à une heure où elle sera en concurrence avec Pascal Praud sur CNews.
"Le doute et la conversation sont aujourd'hui les piliers d'une respiration démocratique qui n'existe plus beaucoup", souligne la journaliste dans les locaux de sa nouvelle chaîne, où l'émission "100% Mabrouk" démarre lundi.
BFMTV mise gros sur cette recrue phare, en dépit des inquiétudes formulées par des syndicats de la chaîne, en raison de son passé dans les médias dans le giron de Vincent Bolloré, qu'ils accusent de faire le jeu de l'extrême droite, ce qu'elle a toujours réfuté.
A l'orée de la présidentielle 2027, la journaliste franco-tunisienne se voit confier une tranche charnière, le 18h45-21h du dimanche au jeudi, là où la compétition est rude avec les autres chaînes, entre "24h Pujadas" sur LCI (18h-20h), "L'heure des pros 2" sur CNews (20h), "Quotidien" sur TMC et les JT de 20 heures.
Pour relever le défi, elle dit ne pas vouloir s'entourer d'une "bande" mais de "caractères", "peu importe s'ils disent quelque chose que je ne veux pas entendre". "Mon objectif, vraiment, c'est de faire entendre la musique des idées plutôt que celle des éléments de langage", poursuit-elle, voulant "éviter les bavardages" qui minent selon elle la confiance dans le politique.
Parmi les intervenants réguliers, elle égrène les noms de l'essayiste et chroniqueur au Figaro Samuel Fitoussi et de la politologue passée par la Fondation Jean-Jaurès, classée à gauche, Chloé Morin. Également le franco-syrien Omar Youssef Souleimane, auteur honni chez La France Insoumise pour son livre accusant le parti de Jean-Luc Mélenchon d'accointances avec l'islamisme. Ou encore l'avocate et élue LFI Caroline Mécary, figure du combat pour les droits LGBT+.
L'émission se déclinera en cinq parties : une séquence d'actu avec la rédaction de BFMTV, l'interview politique, des débats, et un dernier invité axé sur les idées. Chaque dimanche, Sonia Mabrouk dialoguera aussi avec le maire de Béziers Robert Ménard, qui s'est longtemps battu pour "l'union des droites", mais, à ses yeux, "d'abord un élu qui a su créer un lien avec les Français".
- "Comme je suis" -
Six mois après sa démission fracassante de CNews et d'Europe 1, elle refuse d'accabler ses anciennes maisons, où elle dit avoir travaillé avec "liberté" et garde des "amis", dont Pascal Praud. C'est le maintien - finalement abandonné - à l'antenne de Jean-Marc Morandini, malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel, qui a été le déclencheur, réaffirme-t-elle.
"Quand on n'est pas d'accord sur quelque chose d'aussi fondamental, on ne peut pas continuer à être dans le même bateau", dit-elle.
Lors de son annonce en février, le recrutement de Sonia Mabrouk a suscité un accueil glacial de la société des journalistes de la rédaction (SDJ), qui a rappelé que les lignes éditoriales de BFMTV et CNews "n'ont rien à voir". Les syndicats CGT, SNJ et CFDT ont vu "un virage particulièrement inquiétant".
"Je ne compte pas importer une rédaction vers une autre, mais je viens comme je suis", répond Sonia Mabrouk, passée par Public Sénat avant Europe 1, et qui critique la tendance à l'assigner "à un certain camp".
"Je pense qu'un pays a le droit d'exister, de s'affirmer, qu'une nation a une définition, des frontières: ça ne me semble pas être marqué du sceau de l'extrême droite ou de l'extrême gauche", réitère celle qui appelait en 2021 à "exalter l'âme de la France", dans un pamphlet faisant des "décoloniaux, écologistes radicaux (et) islamo-compatibles" les "nouvelles menaces" ("Insoumission française").
"Les questions de nation, d'identité" et le "construire ensemble", terme qu'elle préfère au "vivre ensemble", "seront au cœur de l'émission", poursuit Sonia Mabrouk, avant de promettre que tous les sujets seront abordés.
Elle se dit enthousiaste à l'idée de travailler sur une chaîne qui a des "journalistes partout sur le terrain, et une rédaction aussi étoffée et rigoureuse. CNews, c'est connu, il y a moins de moyens, moins de présence sur le terrain. C'est le principal changement".
G.Thomas--VC