Vancouver Courier - A Madagascar, un an de rapprochement avec Moscou

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A Madagascar, un an de rapprochement avec Moscou
A Madagascar, un an de rapprochement avec Moscou / Photo: © AFP

A Madagascar, un an de rapprochement avec Moscou

Un panneau sur la voie rapide d'Antananarivo signale l'offensive diplomatique russe à Madagascar depuis la prise de pouvoir des militaires. Célébrant la victoire sur l'Allemagne nazie le 9 mai, il est signé de l'agence russe African Initiative.

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Entre les livraisons d'armes russes, sa réception par Vladimir Poutine et l'ouverture d'un centre culturel par la Russie, le nouveau dirigeant militaire de l'île de l'océan Indien, Michaël Randrianirina, a multiplié en un an les signes de rapprochement avec Moscou.

Son unité avait précipité en octobre la fuite puis la destitution du président Andry Rajoelina, perçu comme proche de Paris, en se ralliant aux jeunes manifestants du mouvement Gen Z.

Conscient peut-être de la fragilité de sa position à Madagascar où les renversements sont fréquents, il recevait deux mois plus tard drones, fusils d'assaut et armes de poing russes, livrés dans les valises du général du renseignement militaire russe (GRU), Andreï Averianov.

Ce dernier est aussi le superviseur présumé d'Africa Corps, organisation paramilitaire héritière de Wagner et active dans plusieurs pays d'Afrique, dont des juntes du Sahel.

L'Africa Corps assure la formation de la garde présidentielle malgache. Son commandant à Madagascar a eu les honneurs la semaine passée d'une interview sur la radio publique RNM dans le cadre d'une émission hebdomadaire consacrée aux relations russo-malgaches. Un programme décliné depuis juillet par la télévision publique TVM.

Il vise à "renforcer davantage le rapprochement entre les peuples des deux nations", selon la chaîne.

"L'avenir diplomatique ou géopolitique du pays, ce sont des décisions qui relèveraient plutôt d'un président élu, pas d'un régime de transition", juge auprès de l'AFP la politologue Ketakandriana Rafitoson, vice-présidente de Transparency International.

- "Position stratégique" -

Les livraisons d'armes russes, toujours très publicisées, se sont succédé, dont des hélicoptères barrés d'un Z, symbole en Russie de l'invasion de l'Ukraine.

Ce partenariat militaire peut sembler un moyen pour Moscou de prendre position dans l'océan Indien. "La position est vraiment stratégique", observe le président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, Bruno Fuchs.

Le parlementaire, qui a rencontré six fois le nouveau chef de l'Etat, assure toutefois que "l'engagement aujourd'hui du président et du gouvernement malgaches, c'est qu'il n'y ait pas de base militaire russe." "C'est clair, ils l'ont dit officiellement", indique-t-il à l'AFP.

Le politologue Adrien Ratsimbaharison n'imagine pas une répétition des scénarios au Sahel, "à savoir un alignement total sur la Russie".

"L'ensemble de l'élite malgache ne le laisserait pas se produire, estime-t-il auprès de l'AFP. Le gouvernement malgache ne peut rien sans l'argent de l'UE. La Russie ne dispose pas de ce genre de moyens financiers."

Une étude Afrobarometer du mois dernier montrait que l'Union européenne était considérée en 2024 à Madagascar comme l'acteur à l'influence la plus positive (59%), loin devant la Russie (31%). La France figurait aussi largement devant (47%) mais apparaissait plus clivante avec le deuxième total d'influence négative perçue (39%), héritage de la colonisation et de la proximité perçue avec le précédent président.

C'est sur ce terreau qu'ont prospéré les campagnes d'influence russe sur le continent. Comme elle l'avait fait au Sahel, Moscou vient d'ouvrir à Antananarivo une "maison russe" près du lac d'Anosy.

L'accord a été signé en septembre entre l'agence gouvernementale russe de coopération culturelle Rossotroudnitchestvo et African Initiative, organisation sanctionnée par l'UE pour sa diffusion de "désinformation russe sur le continent africain".

Son rédacteur en chef, Artem Kureev, figure aussi sur la liste de sanctions de l'UE, il y est désigné comme agent des services de sécurité (FSB).

- Programme russe Alabuga Start -

African Initiative a déjà organisé deux voyages à Moscou pour des personnalités des médias malgaches, dont un en août réunissant 13 influenceurs cumulant plus de 3,5 millions d'abonnés Facebook.

Avant les influenceurs, le colonel Michaël Randrianirina avait effectué en février une visite bilatérale officielle en Russie, la première d'un chef d'Etat malgache depuis le président marxiste Didier Ratsiraka en 1978, souligne Ketakandriana Rafitoson.

Il a reçu le chargé d'affaires russe la semaine passée pour évoquer les "préparatifs pour le sommet Russie-Afrique", prévu les 28 et 29 octobre à Moscou.

Les rues d'Antananarivo, où il n'est pas rare d'entendre parler russe dans les restaurants, sont aussi convoitées pour leur main-d'œuvre par le programme russe Alabuga Start.

Ce dernier a attiré, par des promesses de bourses d'études lucratives, de nombreuses femmes africaines en Russie où elles finissaient par travailler dans des usines fabriquant des drones, dans la région centrale du Tatarstan, selon plusieurs enquêtes de médias internationaux.

Des responsables d'Alabuga Start ont été reçus en mai par le ministre du Travail pour, expliquait-il, que "Madagascar ne reste pas en marge de ces opportunités".

M.Ross--VC