La stèle 2026 en mémoire de 56 reporters tués en mission dévoilée à Bayeux
La stèle portant les noms des 56 reporters tués en exerçant leur métier durant l'année écoulée a été dévoilée jeudi au mémorial des reporters de Bayeux (Calvados), en présence de nombreux journalistes, élèves et proches des disparus, a constaté un journaliste de l'AFP.
Cet événement "unique au monde" se tient alors qu'un "vent mauvais" souffle "sur le journalisme et la liberté de la presse", a déploré le directeur général de Reporters sans frontières (RSF), Thibaut Bruttin.
M. Bruttin a émis le souhait de "mettre un terme à l'impunité" dont bénéficient les instigateurs des "lois et intimidations, jusqu'à l'assassinat", qui menacent les journalistes à travers le monde.
Cinquante-six nouveaux noms de journalistes tués dans l'exercice de leur fonction entre le 1er juin 2025 et le 1er juin 2026 ont été gravés sur une stèle de marbre blanc, installée au mémorial des reporters dans le cadre de la 33e édition du prix Bayeux-Calvados-Normandie des correspondants de guerre.
Parmi eux figure le photoreporter français Antoni Lallican, tué en Ukraine en octobre 2025 dans une frappe de drone russe. Sa compagne, Aïda Belloulid, a regretté que "nos gouvernements restent silencieux" devant cette "volonté délibérée de tuer".
"Pour quelle raison la Russie se permet-elle d’assassiner, tous les jours, en Ukraine, des civils, des humanitaires et des journalistes ? Parce qu'elle le peut, tout simplement", a-t-elle ajouté.
Une lettre d'Anas al-Khaldi, frère du journaliste palestinien Mohammed al-Khaldi tué à Gaza par une frappe israélienne en août 2025, a été lue devant la stèle, Anas al-Khaldi n’ayant pas pu quitter Gaza pour se rendre à Bayeux.
S'alarmant d'un monde "submergé par le mal", il a dénoncé "le silence international" et "les gilets de presse devenus des cibles pour l'armée israélienne".
Ilya Politkovsky, fils de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, tuée il y a quasiment 20 ans jour pour jour, était également présent.
Sa mère s'était rendue célèbre pour avoir documenté la guerre en Tchétchénie ainsi que les exactions et les dérives du pouvoir russe.
M. Politkovsky a honoré la mémoire de cette journaliste "incapable de détourner le regard de la souffrance des autres", qui avait compris très tôt selon lui les conséquences de "la peur, la guerre et la destruction de la liberté d'expression" en Russie.
O.Kelly--VC