Vancouver Courier - "Tenir bon": en Israël, des Bédouins déterminés à rester sur leurs terres malgré les démolitions

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"Tenir bon": en Israël, des Bédouins déterminés à rester sur leurs terres malgré les démolitions
"Tenir bon": en Israël, des Bédouins déterminés à rester sur leurs terres malgré les démolitions / Photo: © AFP

"Tenir bon": en Israël, des Bédouins déterminés à rester sur leurs terres malgré les démolitions

Sous un ciel couvert dans le sud d'Israël, des villageois bédouins errent parmi les décombres de leurs maisons, les dernières en date à avoir été démolies après avoir été jugées illégales par les autorités israéliennes.

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"Quand la nuit tombera, où sommes-nous censés dormir? A la belle étoile, ou au clair de lune... si on voit la lune", se demande Muhammad Abou Wadi, 65 ans, un habitant du village d'al-Dahiya, dans le désert du Néguev, où des bulldozers israéliens ont rasé lundi des dizaines d'habitations.

Les ordres de démolition émis par les autorités israéliennes frappent particulièrement les villages bédouins, une minorité arabe d'Israël.

Descendants de bergers musulmans qui parcouraient autrefois les vastes étendues désertiques, bien au-delà des frontières actuelles d'Israël et des territoires palestiniens, ces habitants sont aujourd'hui menacés de déplacement forcé.

Environ 300.000 Bédouins vivent dans le désert du Néguev. Parmi eux, environ 30% résident dans des villages comme al-Dahiya, qui ne sont pas officiellement reconnus par les autorités israéliennes.

Privés de la plupart des services de base, les habitants de ces villages luttent depuis des années pour obtenir la reconnaissance de leurs localités et continuer à vivre sur leurs terres.

- Devant les tribunaux -

Le maire de la localité voisine de Rahat, Talal al-Krenawi, a indiqué à l'AFP que des bulldozers avaient démoli une mosquée ainsi que 80 habitations "où vivaient environ 400 personnes, dont 250 élèves âgés de 6 à 18 ans".

Adnan Abou Wadi, père de quatre enfants et habitant d'al-Dahiya, a indiqué que les premiers ordres de démolition visant le village remontaient à six ans.

"Depuis quatre ans, nous faisons des allers-retours devant les tribunaux et avons dépensé des centaines de milliers (de shekels)" pour les faire annuler, "mais le tribunal s'est prononcé il y a un an en faveur de la démolition."

L'avocat des habitants, Eli Ben Zaken, affirme à l'AFP que ces démolitions s'inscrivaient dans le cadre d'une politique plus large, portée par le ministre d'extrême droite de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et le ministre chargé de la Diaspora, Amichaï Chikli, visant à "augmenter considérablement le nombre de démolitions".

"Rien ne sera construit sur ce terrain après la démolition. C'est un terrain dépourvu de tout projet, et les habitants y vivent depuis avant la création de l'Etat" d'Israël en 1948, ajoute-t-il.

La police israélienne, placée sous la responsabilité ministérielle d'Itamar Ben Gvir, n'a pas immédiatement répondu à la demande de commentaires de l'AFP.

Selon Adnan Abou Wadi, M. Ben Gvir "tente de rallier le plus grand nombre d'électeurs possible", en pleine campagne pour les élections législatives du 27 octobre en Israël, "et de les satisfaire par les actes criminels qu'il commet".

- "Expulsions massives" -

Ces démolitions fragilisent encore plus des communautés bédouines déjà parmi les plus pauvres et marginalisées au sein de la société israélienne.

En mars, l'organisation israélienne de défense des droits humains Adalah a affirmé que les Bédouins du Néguev étaient "confrontés à une crise sans précédent de déplacements forcés, d'expulsions massives et de démolitions de logements" perpétrées par Israël.

Selon elle, le gouvernement mène "une politique étatique explicite de +judaïsation+, l'État prévoyant de créer plus d'une douzaine de nouvelles villes juives" dans la région.

En août, le ministre des Finances d'extrême droite, Bezalel Smotrich, a présenté le plan de son parti visant à augmenter considérablement le nombre de Juifs vivant dans le Néguev et en Galilée — une autre région comptant une importante population arabo-israélienne. Il a promis d'y installer "un million de Juifs supplémentaires" et d'y créer 40 nouvelles localités.

Adnan Abou Wadi explique que la justice a proposé aux habitants d'al-Dahiya, en guise de compensation, un terrain sur lequel ils pourraient reconstruire leurs maisons. Mais cette parcelle appartenant à d'autres familles bédouines, il leur était, selon lui, impossible de s'y installer.

Pour Hisham Abou Wadi, 30 ans, pas question de quitter ces terres.

"Nous tenons bon" et "installons des tentes comme nous l'avons fait par le passé", affirme-t-il, déterminé à vivre "exactement comme (...) les Bédouins en 1948", avant la création de l'Etat d'Israël.

Q.Wright--VC